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Le Jeu de Babili

 
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Nymphe Ydeil
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MessagePosté le: Ven 10 Juil - 20:46 (2009)    Sujet du message: Le Jeu de Babili Répondre en citant

Amis lecteurs, cette saga trouve son origine dans les limbes du vingt-quatrième monde, ainsi qu'aux frontières du vingt-cinquième. Commandée à l'origine par Turambar Thalion, elle met en scène de nombreux alliés de celui-ci, à mesure que j'ai commencé à honorer leurs commandes. La saga a été commencée en juin et suit un rythme d'autant plus effrené que Turambar hoffe tout ce qu'il touche. Je posterai un épisode par post, au fur et à mesure qu'ils seront écrits. Vous êtes libres de commenter à loisir, mais s'il vous prenait l'envie de le faire, merci d'ouvrir un nouveau topic afin de ne pas gêner la lecture d'autres visiteurs
Bonne lecture à tous et bienvenue dans le monde de Babili.


*    *    *    *    *    


Le Nouvel An-Pire    


* * * RP by Nymphe Ydeil * * *   


Je dédie ce RP à iti67, dont j'ai vu la gloire et la chute, et à Naincognito, mon mentor et le premier des Anciens... Puisse votre retrait vous offrir le repos quand il me laisse la mélancolie de votre absence.

- Gathane !

Dans la salle de réception, l'appel claqua comme un fouet, faisant sursauter l'enfant.

- Oui maître ?
- Sers-moi à boire.

Rappelée à son devoir, la servante s'empara du plateau et s'approcha de la table. Derrière elle, les chaînes qui lui entravaient les pieds cliquetèrent sur le sol de pierre. Sous le regard impitoyable de son maître, elle inclina la carafe de cristal et versa le vin comme sa mère et sa soeur aînée le lui avaient enseigné. Mais la carafe était trop lourde à ses mains d'enfant et le cristal heurta le bord du verre. Une goutte du précieux liquide roula sur la nappe immaculée. L'enfant ne put retenir un cri horrifié.

- Tu es bien maladroite ce soir, constata son maître.

Sa voix n'avait été qu'un murmure, mais elle savait qu'elle payerait tôt ou tard sa maladresse.

- Elle est bien jeune, l'excusa l'homme qui partageait le repas du maître.

Durant un instant, seul le silence lui répondit. Son cruel interlocuteur le jaugeait, l'oeil glacial, hésitant à punir ce manque de respect évident. Finalement, il eut un demi-sourire.

- Vous avez raison. Buvons à cette nouvelle année qui commence.

Les deux hommes trinquèrent sans plus se soucier de l'enfant qui luttait déjà pour maintenir sa vigilance. Gathane était bien trop jeune pour comprendre les discussions des hommes sur la baisse du prix du deutérium et la crise économique qui s'en suivait. La récession qui frappait les productions de cristal ne l'intéressait pas davantage. Alors comment la blâmer de tomber de fatigue ? Dégustant le breuvage avec délectation, les deux hommes reprirent leur discussion à voix sourde bien que l'enfant à moitié endormie fut leur seul témoin.

- Avez-vous exécuté mes ordres, ainsi que je vous l'avais demandé ?
- Je l'ai fait.
- Très bien. Ainsi, nous vaincrons.

Les deux hommes se turent. Ils s'observaient à la dérobée, tournant lentement le liquide pourpre dans le cristal de leur verre. Les sourcils froncés, ils s'étudiaient comme deux adversaires qui se mesurent et attendent la parade.

- Vous semblez si sûr de vous, observa l'homme en vidant son verre d'un geste qui trahissait sa nervosité.

Sa remarque arracha un sourire cruel au maître.

- Vous ne croyez pas en moi...

L'homme ne répondit pas. Mal à l'aise, il fuyait à présent le regard acéré. Dans la ligne de ses épaules se devinait le dilemme qui faisait rage en lui. Il doutait des décisions que prenait son maître, mais son obéissance et son respect l'obligeait à se taire, un silence qui lui pesait de plus en plus.

- Redonne-moi du vin, je te prie, Gathane, demanda-t-il d'une voix qu'il voulut douce.

L'enfant obéit avec dans les yeux le remerciement qu'elle n'était pas autorisée à donner. À cet instant, ils n'étaient pas très différents l'un de l'autre, tourmentés qu'ils étaient par l'ambition du jeune Tyran.

- Répondez, Ender.

Les dents serrées, l'homme se força à croiser le regard de son seigneur et maître.

- Je suis né pour servir ce royaume et j'exécuterai vos ordres à la lettre. Mais ne me demandez pas de cautionner le meurtre de ces enfants...

Un court instant, la tension fut palpable. Les deux hommes connaissaient les enjeux. Pour protéger son royaume et échapper le maître était prêt à tout. Y compris à sacrifier une quinzaine d'enfants sur l'autel de dieux barbares dont le culte n'était plus célébré qu'à de rares endroits. En d'autres circonstances, l'irrespect flagrant du soldat aurait dû lui valoir une mort immédiate, mais le maître réagit différemment.

- Gathane, viens ici, appela-t-il.

Dans une assiette, il versa le vin de son verre et la poussa vers la servante.

- Lis.

Et l'enfant, née d'une Sibylle, lut la prophétie sous l'oeil cruel de son maître. La voix qui franchit ses lèvres fut celle d'une adulte.

- Que votre âme m'appartienne, contre la lumière qui est mienne. Chaque nuit, trouvez votre mort, en souffrant encore et encore, pour renaître chaque lendemain et vaincre aujourd'hui et demain.

Dans l'assiette naquit la sphère de lumière promise. La voix de la Sibylle se brisa et l'enfant se tût, tremblant dans les lueurs pâles de l'énergie. Le maître n'eut pas la moindre hésitation. Avec un sourire avare et triomphant, il s'empara de la sphère. La lumière coula sur sa main et sembla s'infiltrer dans tous les pores de sa peau, irradiant chaque centimètre de chair...
    


* * *    


......À l'horizon, le soleil mourrait. Les dernières lueurs du jour s'éteignaient, emportant avec elles la vie du tyran. Il mourut sans un cri. Simplement, son coeur cessa de battre dans sa poitrine, ses veines se glacèrent et sa peau perdit les couleurs de la vie. Alors ses yeux s'ouvrirent dans l'Autre Monde et sa lente agonie commença, dans un ailleurs que ce monde n'a jamais connu. Les souffrances qu'il avait pu infliger de son vivant, tant physiques que morales n'étaient rien comparées à ce qu'il connut. Un feu vicieux dévora ses entrailles, une douleur lancinante frappait ses tempes. Mais il ne pouvait ni crier, ni fuir le mal qui le rongeait. Ses muscles restaient sourds à ses appels, ses cordes vocales muettes et l'étau qui encerclait son crâne n'arrangeait rien. Longues furent les heures de son calvaire.
......Lorsque l'aube naquit enfin, elle le trouva pantelant, le front couvert d'une sueur glacée, tremblant de tous ses membres. Le tyran avait enfin trouvé son maître dans la Mort. Vaincu, il fit venir Gathane à ses appartements bien plus tôt qu'à son habitude. Devant l'enfant, il ne put pas même cacher son malaise.

- Guéris moi, enfant ! Je le veux.

Ce ne fut pas l'enfant qui fixa sur lui son regard bleu, ce fut la Sibylle, gardienne d'un futur implacable. Elle tira de son jupon un poignard à la lame argentée.

- Homme, ton ambition se meurt. Tu sais déjà ce qu'il reste à faire. L'ombre doit être rendue à la lumière.

Le regard fou, l'homme la regarda sans vouloir comprendre. Lorsqu’il réalisa, il était trop tard. Il est certain niveau de conscience qu’il vaut mieux ne pas atteindre. Quelques secondes plus tard, il sombrait à nouveau vers la Mort qu’il n’aurait pas dû quitter. Son royaume mourut quelques secondes après lui. Un empereur nommé Nainpoléon ravagea l’armée en déroute qui n’avait plus de commandant, pilla les ressources et passa à feu et à sang la capitale afin d’ériger en ces terres son nouvel empire. Gathane trouva la mort dans l’incendie qui ravagea le château. Elle n’en avait cure, elle retrouverait enfin sa mère et sa sœur aînée... Nul ne sut ce qu’il advint du soldat qui avait partagé le dernier repas du maître.
    


Dernière édition par Nymphe Ydeil le Mar 22 Déc - 22:19 (2009); édité 2 fois
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MessagePosté le: Ven 10 Juil - 20:46 (2009)    Sujet du message: Publicité

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Nymphe Ydeil
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MessagePosté le: Jeu 17 Déc - 20:03 (2009)    Sujet du message: Le Jeu de Babili Répondre en citant

Le Don du Maître 
 

* * * RP by Nymphe Ydeil * * *  


À Meïa, Maître de ma plume et de mon Avenir...
Et au Maître et Seigneur de ce RP, unis pour de grandes choses...


......Vers le temps des vendanges, à neuf heures du soir, tandis que le soleil se couchait à l'horizon derrière les contreforts du château de Sion, une troupe d'hommes et de femmes montés sur des chevaux poussiéreux passa les portes du petit village de Tisiph sans produire d'autre effet sur les quelques tardifs promeneurs qu'un mouvement de tête évasif en guise de salut et un commentaire pour le moins laconique :

- Voici le Seigneur qui rentre de sa chasse.

......Et avec cette curiosité naturelle qui est le propre des villageois qui n'ont d'intérêt que dans ce qui les sort de leur routine, plusieurs badauds s'approchèrent du cortège qui se pressait déjà vers le château. Ils firent entre eux l'inventaire de la chasse, sans se défendre de manifester un certain dédain devant une si maigre capture. Pour ajouter à cette honnêteté toute campagnarde, l'un d'entre eux s'étonna qu'avec de si importants moyens, le Seigneur puisse se contenter d'un si piteux résultat. Les joyeux drôles haussèrent les épaules d'un geste qui voulait dire l'inutilité d'une réponse et chacun reprit son chemin, qui vers le chaume fumant, qui vers les bergeries…
......Cependant, la troupe avait continué sa route et le Seigneur avait conservé un air si noble et triste à la fois qu'il eût ému plus d'une de ces baronnes de campagne s'il y en eut eu seulement une pour le regarder passer. Mais la ville de Sion, qui n'était rattachée au Royaume de ce prince que depuis peu de temps, ne pardonnait pas à son nouveau maître d'avoir choisi la puissance de ses murs stratégiquement élevés pour y installer bien malgré lui une paix ennuyante. Les citadins manifestaient donc à l'encontre de l'auguste pacificateur et de son influence une irrévérence bien impatiente qui se traduisait par une désertion massive des rues dès que le souverain s'y aventurait.[|color]
......Or, ce n'était pas de la part du Prince une bien grande faute. Toutes les fois qu'il avait pris le chemin de la guerre, il s'opposait au manque de confiance de ses troupes, ce qui ne lui garantissait qu'un succès bien inférieur à ce qu'il aurait pu obtenir. Pourtant, s'il était accordé à ce Seigneur d'avoir le plus grand royaume de l'Univers, il avait également le bonheur d'être un fin stratège. Ce n'était donc pas un mince honneur pour la ville de Sion de voir l'homme tenir en ses murs son quartier militaire. C'était ce dilemme qui lui donnait cet air mélancolique. Il avait été jusqu'ici fort heureux de son armée ; on ne se construit pas une réputation de démon militaire sans que cela cause quelques satisfactions. Or, depuis la conquête de Sion, le Seigneur était préoccupé par sa déroute, et son moral s'en ressentait.
......Le retour au château se fit donc dans le silence le plus complet. Le Prince, plongé dans un mutisme boudeur, marchait, ou plutôt trottait devant, quelques Seigneurs et Dames venaient ensuite, suivis par une dizaine de gardes supposés veiller à leur protection. Le Seigneur descendit de son cheval sans un mot et se retira au Temple où il demanda à voir Nolwenn, pythie que l’on disait tour à tour druidesse ou sorcière. Les gardes et les prêtres, qui comprenaient que leur retrait serait apprécié, se dispersèrent dans l’enceinte du château qui tomba dans un silence aussi profond que si un charme de sommeil l’eût frappé.
......Tout à coup, dans ce silence révérencieux, s’éleva une voix vive, mélodieuse, qui résonna un instant entre les colonnes marbrées du Temple. Cette voix qui ressemblait au gazouillis d’un rossignol provenait de la nef ; c’était celle d’une jeune fille de seize ou dix-sept. Elle avait l’œil bleu, sombre et pur comme le ciel de minuit. Ses cheveux, d’un or cendré, tombaient en boucles soyeuses sur ses joues et ses épaules nacrées. La finesse de sa main accusait une jeunesse que le sérieux de son front démentait.

- Je vous attendais, Seigneur erogahtyP...

La jeune fille qu’on appelait Nolwenn s’approcha du Prince. Elle avait une de ces grâces candides et en même temps pleines de secrets qui élèvent une enfant au rang de sainte. Le Prince, avec cette nonchalance qu’on lui connaissait, la salua d’un signe de la tête avant de la suivre vers les profondeurs du Temple.

* * *


......Tandis que le Seigneur apprend de cette jeunesse mystérieuse une destinée qui, pour le moment du moins, ne regarde que lui, que nos lecteurs nous permettent de les ramener au petit village de Tisiph, qui a, depuis un moment déjà, refermé ses portes et fenêtres pour se préparer à plonger dans l’obscurité de la nuit et de les faire assister à un mouvement inaccoutumé sur la route qui menait à la ville. En effet, une silhouette noire s’était découpée sur les silhouettes des maisons, d’un noir plus profond encore. Elle progressait lentement dans l’ombre des bâtisses, évitant à dessein les rais de lumières que l’apparition de la lune glissait sur le chemin de terre. Il était évident que cette méfiance, bien inutile au demeurant puisque le village était plongé dans le plus profond sommeil, cachait une volonté de n’être pas aperçu du château, ce à quoi l’individu parvint d’ailleurs assez brillamment.
......Une fois qu’elle eut disparu sous les profondeurs du porche, la silhouette n’eut aucune peine à se glisser jusqu’au Temple, qui semblait être sa destination finale. Comme nous le savons déjà, il avait été déserté dès l’entrée du Prince et l'être dut redoubler de prudence pour ne pas que ses pas ne résonnent sous la voûte de marbre. C’était à nouveau une précaution bien inutile. Depuis la nef, le Seigneur l’avait vu entrer, de sorte qu’il lui épargna la moitié du chemin. Quiconque aurait assisté à la scène aurait pu voir le Prince quitter un instant sa noble nonchalance pour mettre un genou en terre devant celui qui venait au-devant de lui.
......Qu’il nous soit permis de décrire un tant soit peu ce nouveau personnage que nous avons suivi jusqu’ici sans vous le présenter. C’était un homme d’âge mûr, qu’une vaste cape noire avait jusqu’ici confondu avec la nuit. À la lumière des flambeaux qui éclairaient le Temple, il avait repris des traits plus humains et s’était découvert pour présenter à celui qui lui montrait une telle preuve de dévotion un visage affable et grave à la fois. Il y avait dans les lignes de ce visage une beauté et une noblesse que le temps rendait solennelles, bien que l’œil, encore vif et intransigeant, trahisse une tristesse infinie que nul n’aurait eu la force et l’intelligence de comprendre.

- Relève-toi, ami… gourmanda doucement cet homme à l’allure si princière. Tu as ta place à mes côtés désormais.
- Comment aurais-je jamais une place auprès de celui qui reste mon Maître ? demanda le Seigneur erogahtyP d’une voix qui trahissait autant son émotion que son respect.
- Tu as cette place parce qu’en te donnant la ville de Sion, je t’ai donné ce qui ferait de toi mon égal, non mon vassal, et je m’étonne que tu aies pu prendre en mauvaise part mes premières paroles.
- Pardonnez cette erreur, Maître… C’est que j’étais encore tout étonné du Don que vous avez pu me faire.
- Tu ne t’y attendais donc pas ?

Le Seigneur erogahtyP rougit violemment mais ne répondit pas.

- Tu ne m’entends donc pas, à ce qu’il paraît ? Insista le Maître sans hausser pour autant sa voix grave.
- Si fait Maître, je vous comprends. Ne voyez aucune offense à ce que je prépare ma réponse, c’est que cela m’embarrasse de vous avouer que…
- Que tu savais, n’est-ce pas ?
- Oui, il le savait…

Aussi grande ait été la maîtrise que les deux hommes avaient d’eux-mêmes, ils sursautèrent tout de même lorsque la voix claire de Nolwenn retentit près d’eux. Le premier mouvement du Maître fut un mouvement du bras pour tirer son épée hors de son fourreau, le second fut de la bouche pour demander :

- Qui êtes-vous ?
- C’est Nolwenn, répondit le Seigneur avec une douceur inexprimable. Et devant l’œil interrogateur de son Maître, il ajouta : Elle a prédit votre Don…

Le premier élan du guerrier réprimé, le Maître se tourna vers la jeune fille et lui fit grâce de l’un de ses sourires graves et doux qui pouvaient tout signifier selon les circonstances.

- Qu’avez-vous prédit d’autre ? Interrogea-t-il.
- Le Seigneur que vous guidez marchera sur vos traces sur le sentier de la guerre avant l’aube… Sa victoire grandira cette ville encore un peu plus.
- Est-ce vrai mon ami ?
- Ça pourrait l’être, Maître.
- Et bien soit. Écoute cette jeune fille si elle a su te montrer celui qui périra de ta main. Et si tu as l’heur de vaincre cette nuit, ma présence a tes côtés n’est plus nécessaire, car le chemin, tu le feras seul mon ami, pour ta gloire et non la mienne. Je me retire, et t’encourage à lever tes troupes dès à présent.

On eût dit que l’œil du Seigneur s’éclairait à cette parole si paternelle. Lorsqu’il se tourna pour remercier Nolwenn, la jeune fille avait disparu. Peut-être savait-elle, elle aussi, que le Prince devait faire ses preuves seul et qu’il aurait besoin de toute sa concentration pour marcher vers sa première victoire…


À suivre...
 


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Nymphe Ydeil
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MessagePosté le: Sam 2 Jan - 23:58 (2010)    Sujet du message: Le Jeu de Babili Répondre en citant


Décision


* * * RP by Nymphe Ydeil * * *


Si Dieu existe, il ne me l'a jamais dit...


......La nuit est calme comme elle l’a rarement été. Seule une horloge vieille d’un demi-siècle rompt le silence de son tic-tac régulier. Mais qu’a-t-il besoin d’elle pour mesurer l’heure ? Qu’est-ce que le temps face à l’éternité ? Dehors, la neige de l’hiver tombe doucement, étouffant tous les bruits, s’amoncelant autour du château, s’entassant contre les murailles de pierre, effaçant le sentier, les talus, les champs, et jusqu’à perte de vue, transformant le paysage en une surface uniformément pâle et muette.
......Il fait si froid que les chiens grelottent et gémissent contre la porte de la chambre. Peut-être ont-ils peur… Dans l’ombre, il sourit à cette idée. Il n’a pas allumé de feu exprès. Lui n’en a pas besoin. Il ne ressent pas le froid. Il joue distraitement avec la flamme d’une chandelle à moitié consumée. La faible lueur qu’elle diffuse suffit à éclairer son visage. Ses traits se dessinent nettement dans la pénombre. Ils sont d’une beauté agressive, comme taillés avec une précision chirurgicale dans le marbre. Ce visage d’albâtre ne laisse transparaître aucune émotion. Sa bouche aux lèvres minces s’étire en un rictus indéchiffrable. Ses yeux sont deux agates d’une profondeur incalculable.
......Enfin, la flamme de la bougie vacille, parvenant au terme de sa vie, puis, s’éteint tout à fait dans un crépitement. Ce qu’il reste de cire fondue coule sur la table et refroidit presque aussitôt. Derrière lui, l’horloge sonne minuit. Il est l’heure. Cessant de pianoter sur le bois du meuble, il se lève, silhouette d’ébène sur fond plus noir encore, et s’avance vers la chambre. Pas une latte du plancher ne craque. Il ne marche pas, il flotte. Ses mouvements, fluides, sont surnaturels.
......À son approche, les chiens grognent et geignent, terrorisés. D’un claquement de langue impatient, il les fait taire. Prudents, ils rampent loin de lui, fuyant sa proximité, le regard affolé. Alors, il pousse la porte de la chambre et entre.

* * *


......Il n’y a là qu’un lit et une cheminée. Le feu qui y brûle ne dégage aucune chaleur. Tout juste répand-il un peu de lumière dans le vide de la chambre. Sur la couche, un homme est allongé. Une violente quinte de toux l’agite. Espérant voir qui entre, il se soulève à moitié sur les oreillers, mais retombe aussitôt, trahi par sa faiblesse. Alors, son visiteur s’approche silencieusement et le regard du malade se pose sur lui.

-    Vampire… murmure-t-il d’une voix éteinte.

Ce n’est qu’un constat, rien de plus et l’individu aux yeux d’agates ne lui répond même pas. Il se contente d’observer. Là devant lui, l’esprit se bat contre la fin, mais le corps n’en peut déjà plus. Fatigué, il épuise ses dernières forces pour lutter. L’homme tremble, respire laborieusement. Ses poumons, rongés par la maladie, ne se soulèvent plus qu’à grand-peine. L’eau qui les a envahis coule parfois le long du visage émacié, pâle. Depuis plusieurs heures, la fièvre a gagné le malade et il ne sait plus s’il a froid ou s’il a chaud.

......Appuyé au baldaquin, le vampire sent la mort qui approche et observe, impassible, imperturbable. Dans le salon, l’horloge égrène les heures, les unes après les autres. La nuit passe, aussi difficile et pénible que le combat acharné qui se déroule devant lui. Ce n’est rien qu’une mort de plus, songe-t-il. Mais il ne peut se résoudre à cette évidence. Il hésite.
......Vers cinq heures, le malade tente de retrouver son souffle. Il a de plus en plus de mal à respirer et sa respiration est rauque. Ses pupilles dilatées fixent sans les voir les rideaux de velours. Une fine pellicule de sueur mouille sa peau plus blanche que celle du vampire. Agacé, paniqué, il tire sans relâche sur le col de sa chemise pour trouver son air. Cent fois, il fait mine de changer de position, puis se ravise, impuissant.
......Le vampire s’impatiente. Nerveusement, il triture le velours qui s’effrite sous ses longs doigts graciles. Tout est vieux dans cette demeure… Comme moi, se dit le suceur de sang. Il hoche la tête et s’approche du malade. À force d’énervement, celui-ci s’est à moitié renversé hors de son lit. Le vampire le replace délicatement sur l’oreiller, tire sur lui le drap froissé dont il s’est découvert. Allons, ce n’est qu’un moribond, songe cette créature de la nuit. Mais il se surprend à imaginer plus. Quelque chose en lui le démange, quelque chose qui n’a rien à voir avec la soif qu’il ressent d’habitude en présence d’un mortel. Quelque chose qui lui amène un vague souvenir du temps où il était lui-même vivant : de la compassion.
......Dégoûté, le vampire s’éloigne du lit avec un sifflement de dépit et de rage. Qui est cet homme pour appeler en lui un tel sentiment ? Il va à la fenêtre et l’ouvre si violemment que le carreau se descelle et explose en mille morceaux sur le sol de pierre. Un souffle mordant pénètre dans la chambre. Derrière lui, le malade proteste d’un gémissement. Il n’en a cure. Lui aspire à plein poumons l’air de la nuit. Là-haut, la lune est presque pleine. Bientôt, il devra se cacher pour éviter d’autres créatures de l’ombre. En attendant, l’horloge sonne six heures et les étoiles palissent. Il est temps d’en finir avant que le jour se lève. Il a faim et n’a plus envie de jouer avec sa victime.
......Il s’approche du lit et se penche vers l’homme qui se meurt. Je suis prêt, pense-t-il. Mais encore, l’hésitation familière le gagne, arrête son visage à quelques centimètres de celui du malade. Ses traits d’affamé s’adoucissent et il contemple à nouveau celui qui se tient près de lui, luttant contre l’agonie qui l’envahit. Un râle soulève la poitrine oppressée et l’homme se cramponne à la chemise du vampire. Dans ses yeux, la supplique de ceux qui, tout en refusant d’appeler la Faucheuse à leur secours, quémande de l’aide partout ailleurs.
......Le malade halète, son corps est parcouru de frissons. La mort le gagne. Mais le vampire, frappé de consternation, n’a pas le cran d’achever son mouvement. L’homme sert toujours les pans de son vêtement, usant ses dernières forces dans ce geste dérisoire. Un cri rauque le soulève tout entier, puis tout son corps s’agite de soubresauts. Le vampire sait que c’est le cœur qui lâche à force d’épuisement. Alors, il trouve le courage nécessaire et mord enfin sa victime. Et là, sur le lit de l’homme qui se meurt, il fait naître son héritier.

À suivre...


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